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Pour ceux qui auraient raté les premiers épisodes, voici une petite séance de rattrapage :
Début d’une aventure 12 décembre 2008. Je m'appelle Tom La Ruffa, et je suis un catcheur français. Et un vrai de vrai, j'ajouterai ! Pas un Québécois qu'on essaie de faire passer pour un Français à la télé. Non. Un Français, un vrai de vrai, bien d'chez nous, qui est né et qui a grandi à Nice. J'ai vingt-quatre ans, et je catche depuis maintenant deux ans. Et durant ces deux dernières années, je peux dire que j'ai eu l'immense chance de vivre des aventures inespérées pour un aussi jeune catcheur. J'ai déjà disputé des matchs un peu partout en Europe, ainsi qu'au Canada, aux États-Unis, et même au Mexique, découvrant ainsi l'art de la fameuse lucha libre !! J'ai également rencontré des catcheurs que j'admirais étant plus jeune. J’ai même fait la cuisine pour X-Pac !! Ces catcheurs m'ont servi d'inspiration lors de l'apprentissage de ce sport, de cet art. J'ai catché contre des stars des scènes indépendantes européennes et nord-américaines, ainsi que contre des superstars de la TNA ! Et en juin dernier, pour la première fois de ma vie, je mettais les pieds dans les vestiaires de la World Wrestling Entertainment, pour une série de try-outs que m'avait obtenu mon mentor, Lance Storm. Quand mon pote Christophe Agius m'a donc proposé de tenir ici, dans CatchMag.fr, une chronique mensuelle relatant ma carrière, un peu sous forme de journal intime, j'ai accepté tout de suite, parce que je sais ce que c'est que d'être fan de catch, et que…
… ben déjà primo, si vous êtes là à lire ces lignes, c'est que vous êtes sûrement un gros fan de catch vous aussi. Si c’est le cas, sachez que je suis passé par là également. Moi aussi, quand j'étais adolescent, j'achetais des magazines, j’écoutais en boucle les thèmes de mes catcheurs préférés dans la rue sur mon walkman ou à la maison, moi aussi je restais debout jusqu'à minuit pour regarder mes émissions de catch, et moi aussi je connaissais tous les noms des prises par cœur, allant parfois même jusqu'à « catcher » avec des potes sur des matelas de saut en hauteur, tous les samedis matin, au stade omnisports juste à côté de chez moi. Oui j'étais un fan hardcore. Un fan hardcore en qui, petit à petit, a grandi l'ambition de devenir catcheur professionnel. Et secundo, à l'époque où a germé ce désir ardent de monter entre les cordes, d'en faire mon métier, j'étais un collégien de quinze ans, et je n'avais personne à l'époque sous la main pour m'orienter. Il a donc fallu que je me débrouille seul pour tout, depuis la préparation physique et sportive, jusqu'à l'organisation de mon premier départ pour le Canada en septembre 2006. Or il y a aujourd’hui en France de plus en plus de jeunes qui nourrissent les mêmes rêves que moi à l'époque. Je reçois chaque jour des e-mails de fans me demandant des conseils sur la façon de devenir catcheur. C'est donc pourquoi, ici, tous les mois, vous pourrez découvrir tout ce que j'ai traversé pour devenir un des catcheurs français les plus en vue aujourd'hui, la réalité de ce qu'est la vie d'un catcheur qui voyage à travers le monde, rencontre énormément de gens du business, et se défonce quotidiennement à l'entraînement, avec tous les hauts mais aussi tous les bas que cela entraîne. Alors attachez vos ceintures. Ou plutôt les lacets de vos bottes de catch.  Mon histoire commence en juin 1998, un soir d'été, où vers minuit j'ai découvert ce sport-spectacle en tombant par hasard sur une émission WCW Monday Nitro à la télé. Je n'oublierai jamais ce moment. C'était très exactement celui où Sting rejoignait la nWo Wolfpac, en faisant d'abord croire à Hollywood Hogan qu'il était avec le Black and White, après être arrivé sur le ring en descendant à l’aide d’un câble depuis le plafond de l'arena.Bref c'était mythique ! J'ai accroché cash, et à partir de ce jour-là, tous les vendredis soir, j’ai veillé jusqu'à 2 heures du matin pour regarder non seulement Nitro mais aussi Thunder, les deux émissions de la WCW. Puis j'ai peu à peu voulu devenir moi-même catcheur. Je sentais au fond de moi que j'en avais les capacités. Or dès le début, j'avais décidé que si je devais apprendre le catch, ça serait au célèbre Dungeon de la famille Hart, à Calgary, au Canada. Mais à l'époque, Internet n'était pas encore très développé, et je ne trouvais que peu d’informations sur cette école de catch. J’ai donc laissé tout ça de côté, pour me concentrer, une fois le bac obtenu, sur ma préparation physique. 2002 : je commence donc la muscu, la lutte, les sports de combat, les footings, etc. J'avais toujours baigné dans le sport. Mon petit frère est champion de France de boxe pieds-poings, mon père son entraîneur, mon grand frère ceinture noire de judo. Moi-même, ado, j'avais été sélectionné dans l'équipe régionale de base-ball. Bref j'étais un sportif… … mais tout ça n'était rien comparé au travail qui m'attendait dans ma préparation pour aller à l'école de Lance Storm, la Storm Wrestling Academy ! Tout en allant à la fac de Droit à Nice, je m'entraînais matin et soir, en muscu et en lutte. En novembre 2005, je remportais une Coupe du Monde de Sambo en catégorie universitaire en moins de 74 kilos. Je me disais à l'époque que comme à Nice, il n'y avait RIEN niveau catch, autant faire de la lutte en attendant. Ainsi, j'ai commencé à pratiquer ce sport au Lutte Club de Nice, club fondé par Henri Deglane, qui fut justement champion olympique de lutte et premier Français de l'histoire à gagner un titre de champion du monde de catch aux USA. Petit à petit j'ai pris du poids, et du muscle. Je m'entraînais comme un forcené. Or cela ne pouvait se conjuguer avec une vie sentimentale, donc avant même d'entamer ma carrière, il a fallu commencer déjà à faire des sacrifices, dont un gros : mettre fin à la relation que j'avais à l'époque avec ma copine. Ça a été très douloureux, mais j'étais lancé, et rien ne pouvait entraver ma volonté. Entre-temps, j'avais aussi découvert le catch japonais, et adopté leur méthode d'entraînement : des centaines et des centaines d'hindu squats, de pompes, d'abdos, de tractions, et des centaines d'heures passées à travailler le back bridge, ou pont. Quotidiennement. Au fur et à mesure, les efforts payaient : un jour j'arrivais à enchaîner mille hindu squats d'affilée, le lendemain je soulevais 120 kilos au développé couché, un autre encore j'arrivais enfin à atterrir en ponté sur le cou en partant en arrière tout en restant sur mes pieds… Tout ça dans le but d'être fin prêt pour mon départ à Calgary… Alberta, Canada ! fixé au 7 septembre 2006. Pourquoi l'école de Lance Storm, la Storm Wrestling Academy ? Eh bien, pour être honnête avec vous, j'ai fait mon choix après avoir lu toutes les recommandations des Superstars sur le site de la SWA (http://www.stormwrestling.com). Tout le monde disait tant de bien de Lance que je me suis dit que c'était sûrement le meilleur endroit où aller. Il y avait notamment un commentaire de Tommy Dreamer, qui s'occupait à l'époque de signer les nouveaux talents de la WWE. Il disait quelque chose du genre : « Si Lance me dit qu'un de ses gars est prêt, je lui demande même pas de photo ou de vidéo pour lui obtenir un try-out, tellement je lui fais confiance. » En lisant ça, j’ai décidé que mon objectif serait d'arriver chez Lance dans la meilleure forme et le meilleur état d'esprit possibles, afin de faire sur lui forte impression. Durant toutes ces années, j'avais en outre enchaîné les petits boulots à côté de la fac et de mes entraînements, afin d'économiser assez d'argent pour le jour de mon grand départ… 6 septembre 2006. Environ 21 heures. Nice, France. Je finis de boucler ma seconde valise pour prendre l'avion le lendemain à 6 heures du matin, vers Paris, où je dois prendre ma correspondance pour aller au… CANADA ! Mon destin est enfin en marche.
Épisode 2
C'est dans l'avion reliant Paris à Montréal que j'ai versé ma première larme. Le truc, c'est qu'on entend souvent dire que les catcheurs font beaucoup de sacrifices, qu'ils sont souvent loin de leur famille, sur la route, etc. Mais tant qu'on ne l'a pas vécu soi-même, on ne comprend pas réellement ce que ça veut dire.
Ce 6 septembre 2006, je quittais ma famille pour aller vivre seul, pendant trois mois, dans un pays où l'on ne parlait même pas français. Je fonçais tête baissée vers l'inconnu, et j'allais devoir me débrouiller tout seul pour la première fois de ma vie. C'est donc sur ce vol d'Air Canada que la peur m'est vraiment tombée dessus, et que je n'ai pas pu m'empêcher de pleurer, notamment en repensant aux au revoir de mes parents, qui avaient eu eux aussi les yeux mouillés. Enfin bref, n'étant pas du genre à m'apitoyer sur mon sort, c'est avec un petit coup de mon lecteur mp3 que je me suis ressaisi, notamment avec une musique, qui me servirait de base motivatrice pour toute la durée de mon stage chez Lance : « Cold as Ice », du groupe Foreigner. Pourquoi cette musique ? me direz-vous. Une seule réponse : allez sur Youtube, tapez « Tiger Mask music video Cold as Ice », et vous devriez tomber sur une des raisons de ma présence ici même, à écrire ces lignes. Quand j'étais tout petit (je veux dire par là quand j'avais carrément moins de dix ans), mon père m'avait acheté une VHS d'un dessin animé japonais appelé Le Tigre, L'Invincible Masqué. C'était la version française d'un manga racontant les aventures d'un journaliste qui devenait un catcheur au masque de tigre le soir, dans des arènes de Pro Wrestling. Là, il affrontait les forces du mal : des adversaires tels que le Vampire Masqué ou encore le Rapace du Cosmos… P*tain ! Rien que d'en reparler, ça me donne envie de remater le truc !! Sérieux, c'était mythique. Y avait des pile drivers depuis le plafond de l'arène, des coups spéciaux à la Dragon Ball Z, bref c'était TROP BON.
Quand, de nombreuses années plus tard, en m'intéressant au puroresu, ou catch japonais, j'ai découvert que ce personnage du Tigre (Tiger Mask en anglais) avait été personnifié par un certain Satoru Sayama à la New Japan dans les années 80, j'ai tout fait pour chercher des vidéos de ses combats. Le résultat : je venais de tomber sur un des meilleurs catcheurs de l'histoire de ce sport. Bref, allez mater la vidéo dont je vous ai parlé et dites-vous en regardant ces actions que tout cela se passait au début des années 80. C'est ahurissant. C'est quasiment toujours inégalé, même par les meilleurs lutteurs d'aujourd'hui. Tiger Mask était le meilleur. Il pouvait tout faire, lutter, faire du high-fly, et balancer des coups de pieds de folie. Or, vu que mon objectif était de faire la meilleure des impressions sur Lance, j'avais pris Tiger Mask pour modèle de style de combat, et je m'étais fixé pour but d'être capable, à la fin des trois mois de formation, de faire TOUT ce que Tiger Mask faisait dans la vidéo « Cold as Ice ». C'est donc pourquoi, tous les matins, quand on partait à l'entraînement, la chanson passait en boucle dans mes écouteurs : elle me motivait deux fois plus pour les trois heures d'entraînements qui allaient suivre !
D'ailleurs, mon admiration pour Tiger Mask ne s'arrêtait pas là. J'avais déjà prévu mon personnage in ring, pour rendre hommage à mon modèle. Le symbole de ma ville natale étant un Aigle rouge, j'avais décidé de faire mes débuts sous le nom d'Eagle Mask, et pour cela, j'avais fait sur l'ordinateur un design de masque que j'avais commandé directement au Mexique, sachant que c'est dans ce pays que l'on retrouve les meilleurs fabricants de masques de catch au monde. Au Mexique, pays de la lucha libre ! Eagle Mask a catché par la suite à travers toute la planète… mais ça, je vous le raconterai plus tard ! Retournons en septembre 2006 !
L'escale à Montréal devait durer environ six heures. Après avoir acheté mon premier fast-food nord-américain, je suis allé m'asseoir devant la porte d'embarquement pour le vol AC155. Je n'oublierai jamais ce moment. J'étais enfin sur le point de mettre les pieds à Calgary, ville considérée par certains un peu comme une capitale du catch, et lieu de naissance d'une autre de mes idoles de jeunesse : Bret « Hitman » Hart. L’endroit où j'allais apprendre les rouages du métier auprès d'un catcheur respecté dans le monde entier. Alors que l'avion s'approchait de Calgary, et tout en regardant une émission de la WWE, retransmise dans le petit téléviseur situé dans le dossier du siège de devant, j'ai voulu immortaliser le moment en mettant dans mon lecteur mp3 la musique « You Start the Fire », issue d'une vidéo Tribute dédiée à Bret Hart, réalisée par la WWE (WWF à l'époque) dans les années 90. Les fans de cette grande époque se la rappellent forcément. Ce clip et celui de « Tell Me a Lie », de Shawn Michaels, avaient bercé toute une génération ! Enfin bref, voilà un autre souvenir gravé à jamais dans ma mémoire : atterrir à Calgary… Alberta, Canada, en écoutant, volume à fond, « You Start the Fire », musique qui symbolisait pour moi Bret Hart ! (D'ailleurs, pour être honnête avec vous, je l’écoute en tapant ces lignes .)
Ouais… Bret Hart… Une référence, lui aussi. Et un catcheur que j'étais ÉGALEMENT sur le point de rencontrer en vrai ! En effet, au cours de l'été 2006, il se disait un peu partout sur Internet que Dallas Hart, le fils aîné de Bret, devrait prendre part à la session de septembre à la Storm Wrestling Academy. Bref, la session où j'allais. Et tout cela a été confirmé peu après par Lance lui-même sur son site web. Il était donc presque certain que j'allais pouvoir rencontrer, voire mieux, discuter avec le premier catcheur que j'aie idolâtré !
C'est donc avec la tête pleine de rêves et d'espérance que je sortais de l'avion. Lance m'avait confirmé par e-mail qu'il pouvait passer me chercher ce soir-là à l'aéroport, pour m'amener directement à la maison où je lui louais une chambre. Quel honneur ! La tension montait petit à petit, alors que je répétais en boucle dans ma tête la toute première phrase que j'avais décidé de dire à Lance, dès que je le rencontrerais : « Sir, it's a pleasure and a great honor to meet you and to shake your hand. » (« Monsieur, c'est un plaisir et un grand honneur de vous rencontrer et de vous serrer la main. »)
Lance a été facile à voir de loin. Du haut de l'escalator, je l'ai tout de suite aperçu, et reconnu, assis tout en bas sur un siège, à sa célèbre coupe en brosse à la militaire (qu'il n'a plus aujourd'hui, soit dit en passant), et surtout ses énormes bras : il était vêtu d'un simple débardeur ! Lui aussi m’a reconnu, car dès qu'il m'a aperçu, il s'est avancé vers moi. Présentations de base, il me demande si je suis bien Tom, je réponds que oui. Mes premiers mots échangés en anglais avec une personne anglophone, qui se trouve être Lance Storm ! Tout de suite après m'être présenté, je place ma phrase mi-respect - mi-lèche-bottes. Réponse de Lance : « Just call me Lance. »
Tout de suite, je me rends compte de deux choses : Lance est un mec humble et super sympa. Et deuxio, il est également ultra-circonspect. C'est-à-dire qu'il dit juste ce qu'il y a à dire, et ne s'étale pas. Ça donne tout de suite le ton. Et tant mieux, de toute façon, parce que je suis pareil. En attendant mes valises (dont l’une est arrivée dix minutes après la première, d’où une petite frayeur ), on commence à parler un peu de ses précédentes sessions d'entraînement, de la façon dont elles se sont passées, etc. Et puis une fois ma seconde valise récupérée (ouf), direction le parking où Lance a garé sa Mercedes.
Épisode 3
Lundi 11 septembre 2006, vers 9 h 30, on montait tous les cinq dans la voiture de « Punjabi » pour aller au premier entraînement de ces trois mois de formation qui s'annonçaient magiques !
Durant le week-end, j'avais pu faire connaissance des 4 autres locataires de la « maison des élèves » de Lance. Le soir de mon arrivée, j'avais rencontré Nick, surnommé plus tard Saggs, parce qu'il ressemblait à Jerry Saggs des Nasty Boys avec sa coupe de cheveux mohawk. Apparemment c'était une tradition à la Storm Wrestling Academy : on se trouvait tous des surnoms, histoire de briser les appréhensions, et d'être vraiment comme des potes. Les trois autres étaient Kennedy (à cause de la coupe de ses cheveux décolorés), Punjabi (un Canadien d'origine hindoue) et Eddy, pour lequel nous n’avons pas eu le temps de trouver un surnom, car il n’a tenu que quatre jours. D'un autre côté, c'était quand même cool qu'il parte, vu que ça me laissait le sous-sol de la baraque pour moi tout seul. J'ai pu donc faire mes 500 squats, mes pompes et mon pont, « tranquillou », tous les matins, au lever, pendant trois mois, non-stop. Et puis son histoire nous a permis de créer un nouveau nom pour le « I Quit Match » : le « Eddy Match ». Ah oui, et mon surnom à moi était « Frenchy ». D'ailleurs, Lance m'appelle toujours comme ça aujourd'hui. Bref, durant le week-end, Lance était passé une fois ou deux à la maison pour s'assurer que tout allait bien. Lors d'un de ses passages justement, il m'avait complimenté sur ma forme et mon apparence physique en me disant que j'avais l'air de peser plus que 80 kg (à l'époque). Raison de plus pour être motivé et se défoncer à l'entraînement ! Le moment était donc venu, ce lundi matin, et comme prévu, c'était en écoutant « Cold as Ice » que je regardais défiler les voitures sur « l'autoroute ». Enfin quand je dis autoroute, je veux dire « route canadienne ordinaire ». Le truc c'est que là-bas, les distances sont ÉNORMES, et ce qui semble pour nous un trajet super long, pour eux, ce n'est rien du tout, d'où la taille démesurée de leurs voies et moyens de transport… Depuis la maison jusqu'à l'école de Lance, en voiture, il y avait tout juste une dizaine de minutes. Or, le début des cours ayant été fixé à 10 heures, nous sommes arrivés en avance d'un bon quart d'heure. L'occasion de faire la connaissance des autres élèves de la session. Première déception : aucun signe de Dallas (Hart). Lance a attendu 10 heures pile pour commencer son speech d'accueil. Dès le début il nous a dit que le premier jour était le jour de la paperasse, et qu'on ne ferait rien de physique ce jour-là. Deuxième déception. Mais quoi qu'il en soit, Lance nous a fait signer tous les papiers pour être en règle, et nous a expliqué ce à quoi on s'engageait, etc. Bref, les mentions légales de base. Entre-temps est arrivé Carlo Cannon, un des tout premiers élèves de Lance, qui était revenu au Canada pour lui filer un coup de main dans la formation de ses nouveaux gars. Dès le début, ça s'est vu sur son visage que Carlo était un mec sympa et avec qui on pouvait déconner ! Pendant qu'on se passait les stylos et les différents papiers entre nous, tout le monde matait un peu l'environnement dans lequel on était. La Storm Wrestling Academy, c'était un ring de taille quasiment identique à un ring WWE (acheté par Lance au père de The Rock, Rocky Johnson), posé dans une sorte de mini-entrepôt sur les murs duquel on pouvait voir de gigantesques bâches de PPVs de la WWE, que Lance avait récupérées à la Ohio Valley Wrestling (l'ancien territoire de développement des futures stars de la WWE), avant d’en partir. Il y avait également une télé et une caméra, pour filmer les entraînements et les matchs et pouvoir étudier tout ça à la fin du cours. Et enfin, dans l'entrée, on trouvait une mini-bibliothèque pleine de DVDs et de VHS de matchs de Lance et de Pay Per View WCW, ECW ou WWF/E. Bref, tout pour se sentir plongé dans le bain « catch » ! Une fois les papiers signés, Lance est entré directement dans le vif du sujet en nous disant que vu que Dallas Hart devait normalement prendre part à la session (même si dès le premier jour il était absent), il y avait de très fortes chances que Bret passe à l'école de temps en temps. Dans cette optique, il souhaitait nous faire part des règles élémentaires de base du business, notamment celle du comportement qu'un newbie doit adopter envers un vétéran, qui plus est, une LÉGENDE du business comme Bret Hart. Le genre de truc comme se lever quand il arrive et lui laisser sa chaise même s'il y en a quinze autres disponibles, aller de soi-même se présenter et lui serrer la main, et ne pas attendre que ce soit lui qui le fasse ou vous incite à le faire. En effet, en tant que fan, on ne peut pas se l'imaginer, mais il suffit simplement d'une parole déplacée ou d'un regard de travers envers un vétéran ou un mec qui est au-dessus de vous sur « l'échelle hiérarchique du catch » pour que votre carrière soit foutue dès le début ! Rien qu'en écoutant ce speech, j'ai été renforcé dans l'idée que j'avais fait le bon choix en venant ici. Lance dit les choses comme elles sont, ne fait pas de détour, mais il se dégage toujours de lui une impression d'honnêteté, de sincérité et de bienveillance à l'égard de ses élèves, qui fait qu'on lui accorde une totale confiance. Avec en plus les anecdotes de son vécu dans les vestiaires de l'ECW, de la WCW ou de la WWE, il y avait de quoi se dire qu'on était en train de vivre quelque chose d'unique – ne serait-ce que de côtoyer un mec qui a vécu tant de choses dans sa carrière. Les entraînements devaient durer trois heures, mais ce premier jour, on a terminé beaucoup plus tôt que prévu. Et fidèle à ses premières paroles, même en terminant plus d'une heure avant la fin « officielle » du cours, Lance nous a redit qu'aujourd'hui, on ne ferait rien de physique, et que si on avait des questions, c'était le moment. C'est à cet instant que quelque chose a tilté en moi. J'ai tout de suite pris conscience que je ne serais là « que » pour trois mois, et que je me devais d'emmagasiner le MAXIMUM d'informations, de connaissances et de techniques possibles, histoire de rentabiliser au maximum cette aventure. C'est pourquoi à la fin de ces trois mois, mais également un an plus tard quand je suis retourné à Calgary pour, à l'instar de Carlo, épauler Lance dans la formation de la session de janvier 2008, Lance m’a confié que de tous les élèves qu'il avait eus, j'avais été le seul à poser autant de questions intelligentes et sensées. Un bon catcheur ne pouvant se permettre de ne pas prendre soin de son corps, Lance nous a enfin dit que nous pouvions obtenir un tarif réduit à la salle de musculation où il allait. Qu'à cela ne tienne, directement après ce premier jour « d'entraînement », les trois quarts des élèves se sont rendus avec Lance à « WOW » (Work Out World), afin de s'inscrire dans ce « gym ». C'est ce jour-là que je suis tombé amoureux des salles de muscu nord-américaines. En France, j'ai toujours connu que des petites salles, encombrées, mal équipées, où la plupart des mecs viennent pour parler de foot ou de gonzesses entre deux séries de pseudo muscu où ils travaillent plus leurs cordes vocales en poussant des grognements primitifs que leurs muscles en poussant proprement leurs poids. (Wow, ça c'était de la phrase ! On sent le mec aigri qui sommeille en moi…). Enfin bref, WOW était un véritable entrepôt, rempli de machines allant jusqu'à 150 kg de fonte, d'haltères, de machines de cardio, et doté d'un sauna et de cabines UV. Bref, tout ce dont un catcheur, ou un apprenti catcheur a besoin .
Décidément, ces trois mois s'annonçaient palpitants !
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